Diversifier ses sources ne veut pas dire lire tout le monde
Le conseil est répété partout sans être précisé, et appliqué littéralement il produit surtout de la confusion. Ce qu'il faut diversifier, ce n'est pas la quantité.
« Diversifiez vos sources » est un bon conseil formulé de façon inexploitable. Diversifier quoi, exactement ? Le nombre ne sert à rien si toutes reprennent la même chose.
Ce qu'il faut diversifier
Les points de vue, pas les titres. Cinq publications partageant la même ligne ne constituent pas une diversité. Deux qui abordent le sujet depuis des angles différents en constituent une.
Les formats. Une dépêche, une enquête longue et une analyse ne donnent pas la même chose. Le format conditionne ce qui peut être dit autant que la ligne éditoriale.
Les niveaux. Sur un sujet spécialisé, la presse généraliste, la presse spécialisée et les publications des acteurs eux-mêmes n'ont ni le même détail ni les mêmes angles morts.
Lire dix reprises d'une même dépêche donne l'impression d'être bien informé. C'est le contraire : c'est avoir lu une seule source dix fois.
Remonter à l'origine
C'est le geste le plus rentable et le plus rare. Quand une information circule, chercher d'où elle vient — un rapport, une déclaration, un communiqué, un travail d'enquête — permet souvent de constater que la source primaire dit quelque chose de plus nuancé que ses reprises.
Beaucoup de documents cités sont publics et directement accessibles : rapports institutionnels, décisions, données. Les consulter est plus rapide qu'on ne le croit.
Ce qui ne fonctionne pas
Lire systématiquement une source qu'on juge opposée à la sienne pour « équilibrer ». C'est une bonne intention qui produit souvent l'inverse : on lit pour trouver ce qu'on savait déjà y trouver, et l'exercice renforce la conviction de départ.
Ce qui marche mieux, c'est de chercher le meilleur argument adverse — celui que ses propres partisans reconnaîtraient comme le plus solide — plutôt que le plus faible ou le plus caricatural.
Une quantité raisonnable
Deux ou trois sources bien choisies, plus les documents d'origine quand ils existent, suffisent largement. Au-delà, on accumule des redites et on perd le temps qui aurait servi à lire ce qui compte.
La diversité utile est une question de choix, pas de volume — et un volume élevé peut parfaitement masquer une absence totale de diversité.